epanorthose: (H: BAMF)
J'ai regagné mes pénates.

Cela faisait trois semaines que je squattais chez mes parents. Murs à repeindre. Trous à percer. Fuite à réparer puis évier à remplacer. Meubles à traiter. Tri à effectuer. Mon appart' a vécu ces dernières semaines un petit lifting. J'y passais la journée pour y faire les choses que j'avais à faire et puis repartais le soir chez mes parents. Cela aurait pu être moins long, mais j'ai manqué d'efficacité. Je n'ai d'ailleurs pas tout à fait fini de ranger. Il me reste des tas sur les bras dont je ne sais pas trop quoi faire et donc que je déplace d'un coin à un autre coin, d'une pièce à une autre pièce.

Que dire de ces trois dernières semaines ?

J'ai continué à ermiter IRL et sur le net. Et ça fait du bien. Ca repose. Je n'ai pas participé au NaNo Camp. J'ai laissé passer les reprises de séries et les débuts des petites nouvelles. D'abord parce que c'est compliqué chez mes parents de regarder des séries. Ensuite parce que je n'en ai pas éprouvé l'envie. Ni l'énergie. Oui, ça demande de l'énergie de se lancer ou relancer dans une série. Et enfin parce que je continue mon marathon The X-Files.

Je commence la saison 5. Depuis la saison 4, je suis en admiration totale devant Gillian Anderson qui est belle à s'en décrocher la mâchoire. Quand j'avais dix-sept ans, je n'avais d'yeux que pour Mulder et m'agaçais du scepticisme buté de Scully. A plus de trente ans, Mulder me fait souvent lever les yeux au ciel et Scully me donne envie de lui prêter allégeance. Je redout tout de même l'approche de la saison 8 et suivante quand Mulder disparaît. Parce que, même si ma préférence va maintenant clairement à Scully, sans Mulder, The X-Files, c'est moins fun, c'est aussi moins authentique.

J'ai suivi la coupe du monde. Ai assisté, les yeux exorbités et puis de plus en plus mal à l'aise, à la déculottée de l'équipe brésilienne. A domicile.

Je suis allée au théâtre. L'Annonce faite à Marie aux Bouffes du Nord m'a fait pleurer. Le Phèdre de la Comédie Française m'a rappelé le sens du mot "ennui". Lucrèce Borgia à la Comédie Française me convainc un peu plus que j'aime bien le théâtre de Hugo. Alors que chaque fois que je dis que je vais voir une pièce de Hugo, il y a quelqu'un pour me dire que son théâtre, c'est pas trop ça. Je ne sais pas ce qu'il leur faut aux gens ! Il y a tout dans Hugo : une écriture fine, de l'horreur, du suspense, de la fatalité, des éclats de rire, de grands sentimes et des petites volontés. Hernani, toujours à la Comédie Française, a été un vrai bonheur. La mise en scène était à l'opposé exact de ce que Podalydès a proposé pour Lucrèce Borgia : peu de comédiens, absence de décors, le texte brut et les destins qui s'affrontent.

Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais le statut des intermittents du spectacle est de nouveau mis en question. Les intermittents, c'est comme les profs : c'est une CSP qui a mauvaise presse : on est payé à ne rien faire ! Alors quand le gouvernement annonce qu'il va faire des économies en gelant les salaires, en diminuant les aides, tout le monde s'en fout, voire trouve ça normal et s'énerve que les intéressés se défendent.

Depuis quelques semaines, chaque fois que je vais au théâtre, les comédiens prennent la parole à la fin ou au début de la représentation pour alerter le public sur ce qui se passe. C'est toujours un peu brusque, surtout en fin de représentation : c'est un retour un peu dur dans la réalité alors qu'on est encore porté par l'émotion que les personnages ont suscitée. Généralement, le discours est accueilli poliment. Si je dis "généralement", c'est qu'il y a toujours un malotru pour huer, faire des commentaires déplacés.

Aujourd'hui, je suis allée voir Lucrèce Borgia. L'intervention a eu lieu avant que le spectacle ne commence (ce que je préfère personnellement). Mon voisin de derrière a soupiré. "Oh ! Encore ces intermittents !" "Ils sont bien contents de ne pas bosser" a-t-il eu même le culot d'ajouter. Et à la fin de la représentation, il s'émerveille de la mise en scène, du jeu de Gallienne (magnifique !). Eh ! Mec ! C'est parce qu'il y a des intermittents que tu as assisté à un beau spectacle !

Outre que ces propos sont insupportables d'injustice, d'ignorance et d'égoïsme, ils sont en plus particulièrement stupides. Ou mahonnêtes. Parce que je ne comprends pas comment on peut justifier de dépenser une trentaine d'euros pour aller voir le résultat du travail de personnes "qui préfèrent ne rien faire et se plaignent tout le temps". Mais je suppose que les cons ne sont pas à une contradiction près.
epanorthose: (Default)
Troisième mise en scène de Cyrano en moins d'un an. Je commence à bien connaître la pièce.

Ce soir, je suis allée voir la mise en scène de l'Odéon avec Torreton. Je ne connaissais pas vraiment ce comédien (juste de nom et sa fiche wikipedia m'apprend qu'il a joué dans de sacré nanars) mais j'ai été époustouflée ce soir. Hormis Roxane dont je n'ai pas aimé le jeu, l'ensemble de la troupe était impeccable. Si vous arriviez à détacher votre regard de Cyrano et le laissiez balader sur scène, vous étiez surpris de voir qu'il se passait toujours quelque chose, que le visage des comédiens ne s'éteignaient jamais. Un jeu véritablement grandiose. J'adore aller au théâtre et découvrir un texte que je connais éclairer différemment. C'est une pause qui coupe le texte, une expression qui le ponctue, la voix qui baisse, le ton qui monte... Entendre le texte différemment. Je suis prof de lettres, le texte est pour moi quasiment sacré. J'ai un mal de chien à m'en éloigner, à essayer de le faire vivre différemment que ce qu'il écrit. Qu'on puisse l'accélérer, le mettre en pause, le chuchoter quand la didascalie demande de le hurler... Je suis incapable de l'imaginer, mais j'adore voir qu'un metteur en scène en a eu l'idée. J'adore voir qu'un texte que j'adore, vieux d'au moins plus d'un siècle, peut encore respirer différemment, peut se réinventer, se travestir. (En fait, je sais pourquoi j'aime le théâtre : il offre du nouveau dans du familier. Il apporte de la surprise dans ce qui est déjà connu et su.)

J'ai d'ailleurs un peu tiqué quand j'ai aperçu que par deux fois le texte de Rostand avait été coupé. La première coupure est un peu maladroite, même si en même temps nous a épargné de l'horrible monologue du voyageur tombé de la lune. Je n'aime pas ce récit. Il me lourde. Mais j'aime sa raison d'être. Et en le coupant, cette raison disparaît. La seconde coupe permet d'écourter le texte et de nous rapprocher de la fin.
Des trois mises en scène que j'ai vues (+ le film), c'est je crois la version où Christian est le plus évacué. J'ai l'impression qu'on a à peine eu le temps de le voir. Il apparaît vite sur scène et dispraraît pour ne réapparaître finalement que très tard. Et juste faire un rapide acte de présence.

Le choix de l'actualisation est étrange. Déroutant. (Cyrano est en réalité un patient dans un hôputal psychiatrique.) Mais intéressant. (Elle a le mérite de proposer une interprétation tranchée du personnage et qui est maintenue durant toute la pièce.) Le souci est que, et c'est un problème récurrent, ça ne fait pas toujours sens : le texte ne se plie pas toujours à la volonté du metteur en scène. Certains passages résistent, certains personnages refusent de ployer. Et qu'on finit par ne plus très bien savoir comment on doit interpréter tel ou tel événement. C'est peut-être pour ça que j'ai eu du mal avec Roxane : je ne sais pas très bien ou la placer dans le niveau d'interprétation.

Finalement, voir les pièces du Français (comme on dit quand on se la raconte) et de l'Odéon permet d'avoir dans son imagination deux regards sur une pièce. Le Français joue la carte du classique et de la pompe, l'Odéon de l'inattendu et du revivifiant. J'aime assez. Même si mon porte-monnaie pleure au terme de cette année.

A un moment, il faudra que j'essaie de faire confiance aux autres théâtres et aux créations. Histoire d'encourager les jeunes auteurs et les théâtres à leur donner leur chance.
epanorthose: (H: BAMF)
Phèdre est la pièce de Racine. Phèdre est presque la pièce en fait. Il arrive que des comédiennes préfèrent refuser ce rôle tant elles ne se sentent pas à la hauteur de sa réputation et de ce qu'il demande.

Pour ma part, j'aimerais beaucoup mieux Phèdre s'il n'y avait pas Phèdre. J'aime tout dans cette pièce, sauf la storyline principale. En fait, j'aimerais que la pièce s'appelle Aricie et se concentre sur ce personnage, sa famille décimée, sa captivité, son amour pour le fils de son ennemi, sa droiture. J'ai une faiblesse pour Hippolyte, le héros imperméable à l'amour, dont on ne cesse de lui lancer comme une insulte qu'il est le fils d'une étrangère, d'une Amazone, qui aime mieux son père que comme héros pourfendeur de monstres que comme amant aux multiples conquêtes, qui tombe pieds par-dessus tête pour la captive de son père à qui le mariage est interdit. J'aime Hippolyte et Aricie qui ne détestent personne, pas même Thésée et préfèrent l'honneur à tout.

Sauf que c'est Phèdre la figure centrale de la pièce.

Et vraiment, je n'en ai rien à faire de Phèdre. Elle tombe amoureuse du fils de son époux et elle ne trouve rien de mieux que de pointer du doigt Vénus. Eh ! Gonzesse, t'avais qu'à pas épouser le mec de ta soeur ! Surtout quand on voit la manière dont il a traité cette pauvre Ariane qui a un peu tout trahi pour permettre à ce connard de tuer son demi-frère, le Minotaure. Et le souci, c'est que je n'arrive jamais à me laisser attraper par le jeu des comédiennes. Celle-ci n'a pas dérogé à la règle, elle hoquette, titube, s'effondre. Tout se liquéfie chez elle, jusqu'à sa résolution de se taire : elle avouera son amour. Pour ensuite blâmer OEnone. Alors oui, Racine dépeint très bien le tourment de la passion (pas de l'amour), je ne remets pas ça en cause. Faut juste pas me demander d'éprouver sympathie ou pitié pour le personnage.

Non, toute ma sympathie va à Aricie et Hippolyte.

Pour centrer un peu sur la mise en scène que j'ai vue ce soir au Théâtre Gérard Philippe (TGP, pour les intimes), j'ai plutôt aimé. Le décor m'a tapé dans l'oeil avec ses lustres scinitillants, ses vieux fauteuils usés et ses grandes reproductions de chevaux. J'ai particulièrement aimé les costumes d'Aricie et d'Hippolytes et, chose merveilleuse, les hommes portent des kilts. Les hommes devraient plus souvent porter des kilts, même par-dessus des pantalons.

Il y a quelques touches d'humour et de cocasserie qui apparaissent ici et là et ramènent tous ces grands personnages vers l'humanité. Le public a d'ailleurs ri à plusieurs reprises.

A la fin de l'année, je verrai la mise en scène de la Comédie Française et je suis assez curieuse de faire la comparaison.

Mon seul souci en fait c'est le lieu. C'est assez facile pour moi de m'y rendre : ligne 5 puis ligne H, mais les abords font moyennement rêver. Je n'aimerais pas traîner trop tard dans ces rues.
epanorthose: (P: Tardis)
Aller au théâtre.

Au théâtre parce que demain c'est stage. Prendre le métro, le bus, se tromper de station, courir pour arriver à l'heure. Se planter de rue, revenir sur ses pas. Arriver quand il faut. Attendre son prénom crier dans le hall. Une homonyme. Retirer sa place et découvrir qu'elle est située au premier rang, presque pile au milieu. Jouer à euromillion ?

S'asseoir et attendre que les lumières s'éteignent, que la scène s'anime. Regarder les gens s'installer. Des visages familier ? Et l'homonyme, où est-elle assise ? Redouter un peu ? Espérer ne pas être prise au piège au premier rang par le regard des comédiens et d'un texte trempé d'ennui.

La lumière du public s'éteint, celle de la scène s'allume. Les comédiens entrent en scène.

Une femme non-rééducable.

Découvrir le conflit entre la Russie et la Tchétchénie. Découvrir une autre histoire que celle que le JT digère et recrache, simplifiée. Expurgée. Les méchants d'un côté, les gentils de l'autre. Schéma actantiel simple à assimiler. La violence des deux côtés et au milieu la population écrabouillée, éviscérée, démembrée.

Découvrir Anna Politkovskaïa.

Découvrir que les héros existent encore. Découvrir qu'une femme kickass badass, quand elle est de chair et de sang, n'est pas juste impressionnante, inspirante mais aussi émouvante.

Découvrir.

(Et puis écouter "Imagine".)
epanorthose: (Ø: vers l'infini et au-delà)
Le film de Veronica Mars est pour bientôt. Je n'ai plus la date exacte en tête, mais c'est pour bientôt. Pour être fin prête et repérer tous les détails et références, je suis montée à bord du TARDIS et je suis repartie en saison 1. Et, Pallas Athéna, que c'est bon !
Je tique toujours autant sur le côté un peu exagérément Mary-Suesque de Veronica. Come on ! Je veux bien accepter qu'elle soit une jeune fille particulièrement futée, décidée, pleine de ressources et courageuse. Mais fallait-il vraiment qu'elle soit aussi une pro du poker et une kickass chanteuse ? Mais outre ce détail, je passe un super bon moment à redécouvrir la première saison. Kristen Bell est juste adorable. I Love Her Beary Much. Et cette fois, je vais essayer de dépasser mon blocage et revoir les saisons 2 et 3.

Sinon, je suis allée au théâtre ce soir. Une saison en enfer. J'ai été invitée pour voir cette pièce et je suis bien contente de ne pas avoir déboursé 21€ de ma poche. Une chose est sûre : la prose de Rimbaud, c'est vraiment pas mon truc ! Je me suis pas mal ennuyée et mon esprit a vagabondé durant presque l'intégralité des 1h15 de représentation. Et même la zigounette de l'acteur ne fut pas suffisante pour m'empêcher de bailler bruyamment intérieurement. Fun fact, quand j'ai eu la plaquette de la pièce entre les mains, je me suis dit que c'était le genre de pièce où le comédien allait se désapper et montrer sa zigounette. Bingo. Exactement ce genre de pièce.
Et sinon, le monsieur, il joue la femme de la manière la plus clichée et offensante qui soit. Entre la voix traffiquée, les déhanchements exagérés et la main qui caresse encore et encore la clavicule et les pectoraux, j'ai eu envie de lui hurler dessus que ce n'était pas une femme qu'il jouait, mais une parodie de femme. Une femme telle qu'un homme la perçoit. Sérieusement, je suis offensée.
Bon sinon, le monsieur était joli et il avait une jolie voix. Quand il ne la traffiquait pas pour jouer une femme effrayée d'être en Enfer (si j'ai bien suivi).
epanorthose: (Default)
Dimanche, je suis allée voir une pièce assez hardos. Agnès de Catherine Anne (à moins que ce soit Anne Catherine... Non, c'est bien Catherine Anne. C'est gens qui ont des noms de famille qui sont des prénoms !)

Hardos donc. Et je n'en avais aucune idée. La pièce fait partie d'un diptyque : "Agnès hier et aujourd'hui". Les deux pièces du diptyque sont en fait d'hier, car Agnès est une pièce qui date de 1994 et L'Ecole des femmes eh bien... c'est vraiment un très lointain hier.



Agnès n'est pas réellement une réécriture de L'Ecole des femmes mais a tout de même une génétique commune. Catherine Anne a écrit sa pièce après avoir lu un témoignage, celui d'une jeune femme qui raconte les abus sexuels et les viols que son père a commis sur elle quand elle a eu douze ans. Il s'est avéré que peu après avoir lu ce témoignage, Catherine Anne a vu une représentation de L'Ecole des femmes. Et ça a fait clic. Elle a écrit un premier jet de sa pièce, l'a posé dans un placard parce qu'elle avait un autre travail sur le feu, et puis y est retournée et Agnès a vu le jour.

Elle raconte qu'elle a eu beaucoup de mal à monter sa pièce à la fin des années 90. Les théâtres ne voulaient pas la produire. Les comédiens refusaient les rôles. Finalement un théâtre lui a donné carte blanche, la pièce a pu se monter et ça a été un succès. Vingt ans plus tard, elle a décidé de remonter la pièce qui a vécu pendant ces vingt ans sans elle à travers le monde (la piècé a été montée au Chili, en Allemagne, en Islande, au Japon, je crois aussi) et cette fois de l'inclure dans un diptyque : Agnès d'un côté, L'Ecole des femmes de l'autre. Ce qui relie ces deux pièces, outre le prénom d'Agnès, la domination masculine violente, une même scénographie et une même troupe de comédiennes. Oui, comédiennes, neuf femmes se partagent sur scènes des rôles aussi bien d'hommes que de femmes. Je n'étais pas au courant et je ne l'ai pas vu. J'avais cru à un casting très jeune, j'avais cru à un physique étrange, à la marge pour le rôle du père bourreau. Mais non, que des femmes.

J'y suis allée un dimanche et ai donc vu l'intégrale. D'abord Agnès, ensuite L'Ecole des femmes. Je ne suis pas certaine que cet ordre soit le meilleur. Il permet toutefois de se vider la tête après une premier spectacle très éprouvant.

Rien n'est montré dans Agnès, mais tout est amorcé si bien que l'imagination n'a qu'un pas à faire pour voir les événements. La première fois que le père commet un geste avant que ça ne dérape totalement, la première fois que l'on comprend que quelque chose va vraiment se passer, la tension et l'angoisse m'ont attrapé le ventre avec violence. Et c'est la spirale infernale qui commence.

Trois actrice se relaient pour jouer Agnès à différents âges de sa vie. La deuxième est remarquable. Le vide qui grandit en elle, l'effacement de sa personnalité, le renoncement...


Agnès adulte, Agnès adolescente, Agnès enfant


Mais ce que j'ai trouvé très intéressant dans la pièce est le traitement de la temporalité. Car la pièce est en fait la narration de la troisième Agnès qui enfin parle, raconte le calvaire qu'elle a vécu dans son enfance puis adolescence, la monstuosité qui a fondu sur elle et l'a broyée sans pitié. Elle raconte, alors on sait que finalement elle parviendra à s'en sortir, à se reconstruire. A guérir ? Pas totalement. Les plaies sont trop profondes, ont entaillé trop loin dans sa chair et sa psyché, mais elle n'est pas vaincue. Et ça permet de souffler, ça permet d'endurer plus facilement la pièce.
C'est aussi intéressant car il y a des manipulations de la chronologie, certains éléments reviennent plusieurs fois mais le placement dans la narration leur apporte une coloration différente.
De plus, comme il s'agit d'un témoignage, la couleur de la mémoire teinte parfois les souvenirs. On a des scène quasi oniriques, voire burlesques renforçant l'écart entre ce que vit Agnès et ce qu'en perçoit le monde.

C'est une pièce intense et qui ne laisse pas indifférent. Mais elle n'est pas misérabiliste, elle n'est pas voyeuriste. C'est pas confession intime sur le canapé du dimanche à 23h. C'est une pièce sur le silence et la prise de parole salvatrice. La reconquête de soi, de son corps, de sa vie.

Vraiment intense. Pour tout vous dire, alors que le rideau venait de tomber, j'ai voulu demander à une ouvreuse à quelle heure commençait la pièce suivante. Je n'ai pas réussi à parler. Les mots ne me venaient pas. J'étais bouleversée au point d'en avoir, littéralement, perdu mes mots.

Alors, forcément, L'Ecole des femmes, juste après, a un peu pâti de la comparaison. J'ai très peu ri. Difficile d'oublier que sous Arnolphe, se trouve le père d'Agnès. Difficile d'oublier que l'Agnès ingénue de Molière sera l'Agnès écrabouillée de 94. Difficile aussi d'oublier la magnifique interprétation que j'ai vue à la Comédie Française l'été dernier. Après, ceux qui l'ont vue sans avoir vu juste avant Agnès ont, paraît-il beaucoup aimé et beaucoup ri.

Tout ça pour dire, qu'Agnès n'est pas une pièce facile, que si j'avais su à l'avance quel en était le sujet, je ne serais probablement pas allée la voir. Pourtant, je ne regrette pas un instant de l'avoir vue. Et si le sujet n'est pas hyper sensible (je rajoute "hyper" parce que je pense que tout le monde est sensible à ce genre de sujet) ou si au contraire vous avez besoin de voir ce genre d'histoire, je vous conseille fortement d'aller la voir.
epanorthose: (Ø: vers l'infini et au-delà)
Je suis prof, pour moi, la fin de l'année se situe réellement en juillet. Pas que pour moi d'ailleurs, puisque le théâtre et la télévision fonctionnent aussi avec ce calendrier. Mais on ne peut pas aller contre la tradition du bilan de fin d'année. Le 31 décembre arrive, 2014 piaffe à la porte, il est temps de revenir sur ce qui a été lu, vu, fut fait pendant cette année 2013.

Théâtre, cinéma, lecture, écriture, séries )
epanorthose: (H: you've been psyched !)
Je reviens du théâtre. J'ai vu Dom Juan.

...

Non.

...

Non, mais vraiment non. J'ai beau réfléchir, je ne comprends pas la fin. Le metteur en scène a fait un choix et je ne le comprends pas. Je ne sais pas ce qu'on est censé en faire, en penser. Je ne sais même pas comment réagir.

Je ne sacrosanctifie pas cette pièce. Je suis open à des tas de mises en scène. Et le choix d'un jeune Dom Juan, en rébellion contre tout, sans pudeur, irrévérencieux, manipulateur, cruel, en quête de quelque chose, pas si torturé que ça, mais tout de même bien noirci, je veux bien. Ca ne me dérange pas. Je n'ai pas dans l'oeil un jeu qui aurait formaté ma façon de percevoir le personnage. Je veux dire, à part Johnny Depp.

Le jeu n'est pas toujours très précis, mais il y a un parti pris, une lecture particulière du texte qui le fait véritablement résonner (j'ai failli écrire "raisonner" mais ma faute lapsusique n'est pas dénuée de sens...) et c'est ce que j'attends avant tout d'un spectacle théâtral.



Et sinon, j'ai trouvé ce matin un deuxième cheveu blanc dans ma raie de gauche. Cette raie est minée !
epanorthose: (Ø: vers l'infini et au-delà)
Un spectacle splendide !

Cyrano de Bergerac est ma pièce préférée. Elle n'est pas parfaite : parfois trop bavarde, s'éloignant dans l'à côté, brouillonne me semble-t-il aussi, mais ô combien m'émeut-elle ! Certaines répliques sont sublimes, certaines tirades grandioses et quelques jeux de mots exquis.

La mise en scène de Podalydès est ingénieuse, spectaculaire, belle. Les comédiens sont précis, justes, émouvants.

Emouvant.

Est le maître mot.

Quand le rideau final est tombé. Je me suis levée, battant des mains et du coeur. L'émotion me faisait trembler. Mes jambes n'était pas sûres, ma gorge était serrée et mes yeux piquaient.

Sélection du mois de juillet parfaite de bout en bout, qui est même allée crescendo. Trois magnifiques spectacles que je vous recommande chaleureusement.

L'Ecole des femmes. Rituel pour une métamorphose. Cyrano de Bergerac. Emotion, justesse et intelligence.
epanorthose: (H | :D)
Comme je ne pars qu'une semaine cet été, j'ai décidé de m'offrir un beau mois de juillet : trois pièces à la Comédie Française. Vues 2 sur 3 et, pour le moment, c'est un sans faute.

J'ai adoré L'Ecole des Femmes. La comédienne qui jouait Agnès était sublime. Arnolphe était magistral. Il était difficile de savoir si on devait le mépriser, le railler ou le plaindre. Le comédien a su aller d'un point à l'autre de la palette du personnage sans jamais rompre le fil. Enfin, le choix de la mise en scène est très intéressant. Horace, le jeune premier, est surtout un grand benêt. L'amour est mis à mal. En sortant de la salle, j'ai entendu un spectateur dire que c'était féministe. Je ne suis pas sûre qu'il n'y avait pas une pointe de mépris dans son commentaire. Pour ma part, j'ai trouvé que ça poussait encore plus loin l'idée de Molière qui plaidait pour une éducation des filles.

Je reviens de Rituel pour une métamorphose. "Première pièce écrite en langue arabe à entrer dans le répertoire de la Comédie Française" nous dit-on partout. "Pièce récente" ajoute-t-on. Effectivement, elle date de 1993 et est écrite par le syrien Saadallah Wannous. Je suis allée voir parce que la caissière auprès de qui j'ai acheté mes places m'a conseillé cette pièce. "Et Rituel pour une métamorphose ? Ca ne vous tente pas ?" Ca me tentait parce qu'il y avait Podalydès dedans. Mais quand je regarde le programme, il y a toujours des tas de pièces qui me tentent ! Seulement, je ne peux pas toutes me les offrir. La dame a cependant insisté, m'a assuré que c'était une très belle pièce et qu'elle la défendrait bec et ongle. Je comprends. C'était effectivement une belle pièce. C'est même une grande pièce. L'histoire dépasse les cadres de la Syrie : elle raconte l'hypocrisie des hommes, les interdits qu'on contourne quand ça arrange et qu'on condamne quand ça profite, la sexualité, la femme... Les décors sont magnifiques. Et, à part, Thierry Hancisse dont le jeu ne m'a pas vraiment convaincu (alors qu'il est l'Arnolphe grandiose dont je parle juste au-dessus), les autres étaient vraiment impeccables.
Grand bien m'a pris de suivre le conseil de la vendeuse ! Si je pouvais, j'irais lui dire merci.
Petit warning : présence de nudité (on voit des seins, des fesses et des pénis) ; une fellation est suggérée en ombres chinoises et une sodomie plus ou moins consentie est amorcée.

Prochaine pièce qui viendra clore ce mois de théâtre : Cyrano de Bergerac, mise en scène par Podalydès. Histoire de finir en apothéose. J'adore cette pièce, j'apprécie beaucoup Podalydès, deux pièces parfaitement choisies... Je le reconnais : je redoute presque une déception...

Misanthrope

Jun. 6th, 2013 11:45 pm
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C'est la merde : je n'arrive plus à mettre la main sur ma déclaration d'impôts.

Je reviens d'une magnifique représentation théâtrale. Le Misanthrope joué à Odéon. De base, c'est une pièce de Molière que j'aime beaucoup et la mise en scène fabuleuse donne un peps terrible à ce texte déjà bien sous peptine. J'ai ri, mais j'ai ri. Juste fabuleux.

Si vous avez l'occasion/la possibiltié de la voir, je ne saurais que trop vous recommander de foncer la voir.

Le conseil de classe des troisièmes est passé. Lundi, leur épreuve d'HDA sera passée, le soleil est bien présent. Avec un peu de chance, les cas les plus lourds n'auront pas l'idée de retrouver le chemin de mes diverses salles. Les troisième ont pris un tour particulièrement odieux sur la fin de cette année et cela me conforte dans l'idée que le niveau de troisième c'est vraiment pas mon truc.

Pourquoi j'en parle ? Parce qu'on est en plus sujet de répartition des services. J'ai décidé de pas trop faire chier : je ne veux pas de quatrième et ne surtout pas être PP de 3e. Pour le reste...

Plus que trois conseils ! Plus que trois semaines. Et, la liberté enfin retrouvée !

(Et maintenant, j'ai envie d'écouter les Clash, le plus grand groupe de tous les temps !)
epanorthose: (H: you've been psyched !)
Je me traîne.

Il faut absolument que je termine cette fichue explication de texte. Elle n'est pas particulièrement difficile : le monologue d'Electre dans Les Mouches (→ I. un double meurtre ; II. comment le remords vint à Electre). Mais j'ai la concentration volage. Je vais sur youtube. Je lis des bouts de trucs et des morceaux de machins. (Appremment les Russes ont découvert un lac caché sous la banquise. Mais la communauté des scientifiques fait la tronche : ces travaux qui sont censés étudier un écosystème protégé par ses forrages serait en train de polluer). Il finira par me prendre l'envie d'ouvrir un fichier word et d'écrire un bout de truc (surtout que je me suis rendue compte que je n'avais rien écrit depuis le mois d'octobre !).

J'ai adoré relire Les Mouches. Oreste y est magnifique. Dommage que ça se fasse aux dépens d'Electre (mais pour tout dire, je n'ai jamais aimé Electre. Son fanatisme m'a toujours mise super mal à l'aise.) A croire que le frère et la soeur ne peuvent pas être classes et décidés en même temps.

Préparer cette explication de texte ne m'a non seulement obligée à relire la pièce, mais également à me renseigner sur le contexte historique. Sartre écrit la pièce en 43. Et si vous n'êtes pas comme mes élèves, vous additionnez les nombres et comprenez que cette pièce est nécessairement engagée. Et elle l'est. Comme je le disais, Oreste est fabuleux : il prend conscience qu'il est libre, que Dieu (Jupiter) n'a aucun pouvoir sur lui. "Il ne fallait pas me créer libre", dira-t-il à la divinité excédée. Et au lieu de subir sa destinée, au lieu de courber le dos sous la fatalité, d'accomplir les oracles, Oreste comprend que pour sauver son peuple, il lui faut tuer Egisthe et sa mère et endosser les crimes de son peuple. S'il n'oublie pas les cris de sa mère égorgée, il n'éprouve aucun remords : il a fait ce qui était juste. Egisthe maintenant les Argiens dans un repentir excessif afin d'alléger son propre crime et maintenir un contrôle absolu sur le peuple.

On voit assez facilement où est l'engagement : Oreste refuse de se plier à la volonté d'une divinité finissante et d'un roi imposteur. Mais pas seulement. La pièce va plus loin dans la critique et la dénonciation :
A travers cette pièce, Sartre démontre que l’homme est fondamentalement libre, du moins s’il ne choisit pas de se soumettre à un ordre divin ou à une idéologie catholique culpabilisatrice et aliénante. En 1948, lors d’un débat à l’occasion d’une représentation berlinoise des Mouches, Sartre dit : « Il faut expliquer la pièce par les circonstances du temps. De 1941 à 1943, bien des gens désiraient vivement que les Français se plongeassent dans le repentir. Les nazis, et avec eux Pétain et sa presse. Il fallait alors convaincre les Français, nous convaincre nous-mêmes, que nous avions été des fous, que nous étions descendus au dernier degré, que le Front populaire nous avait fait perdre la guerre (…). Le but était de nous plonger dans un état de repentir, de honte, qui nous rendît incapables de soutenir une résistance (…). En écrivant ma pièce, j’ai voulu, avec mes seuls moyens, bien faibles, contribuer à extirper quelque peu cette maladie du repentir (…). Il fallait alors redresser le peuple français, lui rendre courage (…). »


Et si on jouait à remplacer "front populaire" par autre chose pour voir si ce genre de manipulation est toujours d'actualité. Je ne sais pas, au hasard... qui a dit "trente cinq heures" ? qui a dit "la retraite à soixante ans" ?
epanorthose: (Ø: vers l'infini et au-delà)
Après Phèdre, demain on attaque Ruy Blas. La scène finale plus précisément puisque ma problématique est "la représentation de la mort dans le théâtre du XVII à nos jours" (en fait, par "nos jours", je veux dire jusqu'à la fin de la première moitié du XXe siècle).

Dans sa préface, Hugo aborde la division que la noblesse connaît quand la monarchie est sur le point de s'écrouler. Il y a d'une part, les gentilhommes peu honnêtes qui se hâtent de faire du profit avant que tout ne disparaisse. Et l'autre qui refuse de voir la réalité en face, se terre, se dépêche de tout dépenser, de vivre avant de disparaître totalement. Voilà comment Hugo, dans une énumération binaire et ternaire dresse le portrait de ces nobles bohêmes qui vivent sans rien retenir :
Du reste, bonne, brave, loyale et intelligente nature ; mélange du poète, du gueux et du prince ; riant de tout ; faisant aujourd’hui rosser le guet par ses camarades comme autrefois par ses gens, mais n’y touchant pas ; alliant dans sa manière, avec quelque grâce, l’impudence du marquis à l’effronterie du zingaro ; souillé au dehors, sain au dedans ; et n’ayant plus du gentilhomme que son honneur qu’il garde, son nom qu’il cache, et son épée qu’il montre.

Je suis amoureuse.

En relisant la préface, j'ai découvert notée au crayon papier, sur la première page du livre cette inscription :
v260
HP

Je suis allée voir le vers 260 et voilà ce que j'y ai découvert précédé d'une croix dans la marge :
Je vis avec les loups, non avec les serpents.

C'est Don César qui parle et s'adresse à son cousin, Don Salluste. Don César incarne la noblesse honnête qui vit intensément ses dernières heures, Don Salluste est de la première noblesse âpre aux gains et avide de profits personnels au mépris de tout et de tous.

Je ne sais trop quel commentaire faire de cette note qui rappelle le passé à ma mémoire, qui référence Rowling dans un texte de Hugo. Je ne sais pas s'il est vraiment nécessaire de faire un commentaire. C'est juste une croix dans la marge, un point fixe dans mon histoire qui épingle ensemble des souvenirs différents. Ma licence de lettres, mon amour immodéré pour la saga HP. C'est un rappel que c'est Rowling qui m'a prise par la main et m'a menée jusqu'à un banc dans une fac de lettres alors que j'étais persuadée que la Littérature et moi, c'était fini, que nous n'étions pas faites pour nous entendre, nous comprendre. Je n'ai évidemment pas le talent de voir au-delà des "et si" qui créent des réalités alternatives. Je n'ai que cette réalité à examiner. Et dans cette réalité, je sais que Rowling, par quatre livres, a guidé bon nombre de mes choix. Si je n'avais pas lu ses livres, je serais aujourd'hui quelqu'un de bien différent.

Du fond du coeur, merci Madame Rowling.
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Je suis allée voir Les Trois soeurs de Tchekhov. Ca m'a donné une de ces pèches (!)

Déjà, avant le levé du rideau, y a une dame qui arrive pour nous annoncer qu'une des comédiennes est morte ce week-end. Elle était entrée dans la troupe l'année dernière pour remplacer une autre trépassée. Moi, à la place de la prochaine, j'y réfléchirais à deux fois avant de reprendre le rôle.

Heureusement, ce soir c'était la dernière. Et la comédienne qui a fait le remplacement au pied levé a eu le droit de se balader sur la scène avec les répliques à la main. D'après ma voisine qui avait l'air vachement au courant (elle savait pour la trépassée), elle a quand même trouvé le moyen de louper des répliques. Je ne lui en veux pas à la remplaçante : je suis remplaçante, ce serait particulièrement mal venu de ma part de tirer des carapaces dans son kart. C'est juste que ça fait un peu bizarre de voir une comédienne parler à son script plutôt qu'à ses collègues. Ca sort un peu de l'histoire.

Comme c'était la dernière, ça pleurait un peu dans les rangs des comédiens. Surtout qu'il y en a un, c'était sa vraie dernière. Alors à la fin, il a fallu se mettre debout et applaudir un peu plus longtemps.

Chose un peu surprenante : lorsque le rideau est tombé pour signifier la fin de la représentation, les applaudissements étaient un peu mous. Pas que la représentation avait été mauvaise, juste que Tchekhov avait un peu plombé l'ambiance. Donc applaudissements mous. Et puis là, on nous annonce qu'il y en a un qui se barre, faut donc rendre hommage. Et les applaudissements prennent un coup de fouet. A la place des autres comédiens, mon égo se serait pris une petite égratignure. Mais il est vrai que j'ai un égo de merde qui se blesse d'un rien.

Toujours est-il que je n'avais jamais lu Tchekhov et c'était plutôt une bonne chose, parce que j'ai l'impression que c'est le genre de texte qui a besoin d'être mis en scène pour prendre son sens et devenir plus digeste. Et compréhensible. La voisine de ma voisine semblait d'accord avec moi. En tout cas, j'étais d'accord avec ce qu'elle disait à notre voisine commune. Et juste pour savoir, elles sont toutes aussi déprimantes les pièces de Tchekhov, ou j'ai tiré le bon numéro ce soir ? J'étais censée bosser un peu ce soir, mais je crois que je vais juste aller me coucher et essayer de rêver que la vie n'est pas totalement merdique.

Et sinon, y avait Annie Duperey dans la salle, à quelques rangs de moi.
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Les comédies de Shakespeare, c'est... comment dire ?...

...

Différent.

Mais quand même fun.

Je suis allée voir les Joyeuses Commères de Windsor à la Comédie Française. Y avait deux ados derrière moi qui ont grommelé à l'entracte à leurs parents qu'ils aimaient trop pas. Ca parle vite, tout le monde en même temps, on comprend rien. Ils n'ont même pas ri une seule fois !

C'est vrai. C'est chaotique. Il y a du théâtre dans le théâtre (une mise en abyme, les enfants. Avec un Y, parce que Gide était un gros branleur), des gens costumés. Des embrouilles dans des embrouilles. Les personnages bougent le décors, des arbres tombent, y a même un québécois (en VO, il est gallois). On chante et on fait chanter les verres. On crie, s'insulte. Ca bouge dans tous les sens. Au premier plan, deux personnages parlent. Au second plan, un personnage écoute et réagit. A l'arrière plan, un personnage se balade, se cogne, tombe, se relève. On s'y perd un peu. Beaucoup. Alors à un moment, faut accepter de lâcher la corde et de se laisser embarquer. Et quel embarquement ! Les comédiens étaient tout simplement fabuleux.

Et puis en plus, y avaient deux jolies garçons à regarder. Un que je connaissais déjà car il jouait dans L'Avare, mais un autre que l'on m'avait caché jusque là. Dans quelles pièces es-tu à l'affiche, mignonnet ? Parce que non seulement tu es joli, mais tu es également bigrement drôle.

(Bon y avait aussi de très jolies demoiselles, mais cela m'a un peu moins intéressée, mais je fais passer l'info au cas où.)

Par contre, le problème au théâtre, c'est le voisin. Encore, toujours.

Pendant la première partie du spectacle, sur ma gauche il y avait deux places vides (et mieux centrées). Je me serais bien décalée, mais je me suis dit que les détenteurs des sièges arriveraient. Le rideau s'est levé et je n'ai pas bougé. Quand le rideau est tombé marquant ainsi le début de l'entracte, je me suis dit que j'attendrais et si vraiment personne ne venait, je ferais ma translation. Quelqu'un est venu. Pas les heureux détenteurs, mais deux rapaces qui se sont précipitées sur les places vides. Pas très aimablement, elle m'a demandé s'il y avait des gens. J'ai répondu que non, mais que les gens arriveraient peut-être à l'entracte. Elle a répliqué que les gens ne viennent plus à l'entracte et a pris possession des places avec sa fille. Deux minutes plus tard, y a un gars qui a essayé de squatter les places, mais "trop tard" comme a murmuré ma nouvelle voisine.

Bon. Même si c'est vexant de se faire doubler ainsi, ce qui m'a réellement dérangée, ce n'est pas qu'elle ait pris les places. Après tout, ma place était plutôt cool, un peu trop sur la droite, mais j'étais à l'orchestre au sixième rang, je ne vais pas me plaindre non plus. Non, ce qui m'a fortement dérangée, c'est son parfum. Ecoeurant.
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Je reviens de la Comédie Française où je suis allée voir Andromaque de Racine.

Que dire ?

J'étais super bien placée. Dans l'orchestre. Carrément. Sauf que devant moi il y avait une ado que ses parents avaient visiblement traînée et qui ne tenait pas en place. Et que je m'avance, et que je me recule, et que je me penche sur la droite, la gauche et me ravance et me bloque au beau milieu du siège, ni penchée en avant, ni au fond du siège. Je l'aurais claquée.

A ma gauche, y avait la famille "Bordeau Chesnel nous n'avons pas les mêmes valeurs". J'ai zyeuté le sac en cuir rouge Hermès de ma jeune voisine tant que les lumières étaient allumées, tandis que son petit ami a souvent regardé son portable une fois les lumières éteintes.

Et tout autour de moi, y avait des gens qui avaient checké Wikipedia pour savoir de quoi ça parlait la pièce. "Et puis c'est compliqué, y a des tas de noms."

Pourtant c'est pas compliqué. Oreste est le fils d'Agamemnon, il est envoyé par les Grecs, vainqueurs de Troie, auprès de Pyrrhus, fils d'Achille, et héros final de la bataille. Rappelons qu'Agamemnon et Achille n'ont jamais pu se piffrer. Mais revenons à Pyrrhus qui a buté Priam, le père de Hector qui avait été buté par Achille pour venger la mort de son bon ami Patrocle tué par Hector qui croyait affronter Achille. Pyrrhus a ramené comme prise de guerre Andromaque, la veuve de Hector, et Astyanax, fils de Hector. Les Grecs ont voulu une première fois tuer le fiston craignant une future vengeance, mais Andromaque a réussi à le sauver et a ainsi roulé Ulysse, pourtant connu pour ses ruses. Une histoire de rusé qui se fait ruser. Le problème est que Pyrrhus, amoureux d'Andromaque, protège la vie d'Astyanax. Andromaque abomine Pyrrhus, mais ce dernier s'acharne. Donc les Grecs envoient Oreste en ambassade auprès de Pyrrhus pour tenter de le raisonner. Là où les choses se compliquent c'est que Pyrrhus doit normalement épouser Hermione, la fille de Ménélas et Hélène, la cousine donc d'Oreste. Seulement si Hermione est amoureuse, Pyrrhus ne l'est pas du tout : il aime la veuve. Et là où ça devient franchement le bordel, c'est qu'Oreste est amoureux de Hermione et plus que convaincre Pyrrhus de rendre Astyanax aux Grecs, il voudrait surtout convaincre Hermione de revenir avec lui à Sparte.

Soit, Oreste aime Hermione qui aime Pyrrhus qui aime Andromaque qui aime Hector qui est mort.

Franchement, c'est plutôt simple, non ?

Je crois que la prochaine fois, je ne prendrai pas une place en orchestre : ce n'est pas très bien fréquenté.

Quant à la pièce...

Hermione était ravissante. Pyrrhus était un peu excessif dans "je suis le roi classe de la tragédie". J'ai cru qu'il était atteint d'un cancer de la gorge pendant tout le premier acte. Andromaque a bien fait Andromaque : froide et supérieure. Andromaque donc.

En revanche, la déception est venue d'Oreste.

Oreste, c'est un peu mon héros tragique préféré. Il a les pieds bien dans la tragédie mais sans atteindre encore le glauque d'OEdipe. Moi, les Labdacides, je peux pas. En revanche, les Atrides, ça passe mieux. OK, on infanticide, matricide, épousicide, voire anthropophagicide, mais au moins personne ne couche avec sa mère.

Oreste, c'est un peu celui sur lequel le sort s'acharne. C'est lui qui est finalement chargé de laver dans le sang tous les péchés de sa famille afin d'apaiser les Dieux, quitte à s'attirer pour un temps la rage des Erinyes. Oreste, c'est l'ancêtre d'Hamlet (qui est l'ancêtre de Simba). OK, faut un peu le pousser au meurtre. Au début, quand sa soeur lui annonce, à peine débarqué après un exil de vingt ans, qu'il doit tuer leur mère parce qu'elle a tué leur père (pour venger le sacrifice d'Iphigénie, rappelons-le), il est pas super chaud. Il faut déjà qu'il digère les informations. Il tente d'esquiver la balle qu'on lui envoie. Mais sa frangine, un peu allumée de la tête par vingt ans de haine, ne lui laisse pas trop le temps de la réflexion et frérot de tuer Mamounette et Tonton par la même occasion. Rappelons que Tonton couchait avec Mamounette. Mais pas Sarabi. Même si normalement, point de vue hiérarchie lionesque, elle devait quand même bien le faire. Ce qui m'amène à me demander si en fait Nala n'est pas la demi-soeur de Simba. Ce qui expliquerai cette ingrate finie de Kiara...

Back to Oreste.

Donc, d'accord, Oreste, c'est un peu le jouet du Destin qui a pas trop son mot à dire et qui aimerait bien que ce foutu destin ait choisi quelqu'un d'autre que lui à emmerder.

OK.

Mais alors là, dans la pièce susmentionnée, Oreste est une vraie chouineuse. Oui, j'emploie un féminin péjoratif, oui, je devrais avoir honte. Sauf que c'est ça, ou alors j'utilise un vocable encore plus offensant. Alors que tout le monde reste digne dans sa douleur et ses tourments, Oreste se roule par terre, tombe à genoux, fait des calins aux colonnes, sanglote, hurle, s'agite, se spasme, se recroqueville...

Euh...

Oreste. Fils d'Agamemnon. Héritier du royaume familial. Matricidaire. Tontoncidaire. Pyrrhusidaire. Amoureux de sa cousine. Et ça se roule par terre en gueulant ? Non, là, je dis veto.

Résultalt, je me suis mise à préférer Pyrrhus. Alors que normalement, je n'aime pas Pyrrhus. Parce que, merde, tu tombes pas amoureux d'Andromaque. Un peu de dignité mec. Tu ne peux pas tomber amoureux de la femme dont ton père a buté le mari. Et surtout tu ne te prends pas à espérer qu'elle te rendra tes sentiments. Le type serait Ménélas ou Paris, je dis pas, je veux bien, mais là on parle de Hector. Juste Hector. Ce serait comme imaginer Pénélope qui plaquerait Ulysse pour se barrer avec Antinoos. Non, not possible.

...

Oui, donc si vous vous demandez d'où me viennent mes penchants pour les mères hiératiques, les destinées familiales, les "fils de...", les amours contrariées et autres... Cherchez plus. De treize à seize ans, je me suis enfilée pratiquement toutes les tragédies classiques d'inspiration antique. Je crois qu'on peut dire que ça a laissé des traces.

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